10/06/2013

Un clivage qui arrange?

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Le lundi 03/06, au soir, France 5 diffusait, dans son émission « Cdans l’air », un débat dont le sujet était : Où va la droite ?

 

Au début de ce débat, un des intervenants déclare que « la culture de la droite c’est d’avoir un chef, comme du temps des boucliers. C’est lui qui offre des conquêtes… ». Bien entendu, derrière cette affirmation, on retrouve toutes les turpitudes de l’UMP avec, en toile de fond, le retour ou pas de Nicolas Sarkozy.

 

Est-ce que cette affirmation concerne la seule droite ? A mon sens non, sur notre scène politique belge, le PS répond également à cette culture du pouvoir. Est-ce pour autant nuisible à une bonne et saine gouvernance ?

 

Cette réflexion nous ramène aux racines de la pensée philosophique.  Cette culture du pouvoir, telle que développée par le courant sophiste, pouvait se résumer de la façon suivante : « Savoir si l’exercice du pouvoir est une bonne ou une mauvaise chose, s’il est juste ou pas, est sans intérêt. Ce qui est digne d’intérêt, c’est bien l’omniprésence de la lutte que les hommes se livrent pour obtenir et/ou garder le pouvoir »

 

Si l’on considère ce postulat comme étant fondé, alors il est un fait que le PS et le MR sont les meilleurs ennemis et répondent parfaitement à cette logique guerrière. Or, ce ne sont pas les exemples qui manquent : Les  manifestations du 1 mai sont particulièrement révélatrices de cette lutte. Des caricatures telles que « voter pour le MR conduira à un bain de sang social » ou des slogans du type « Rétablir Tournai » n’ont qu’une seule ambition : la quête du pouvoir !

 

Un des outils pour conquérir et garder le pouvoir est d’arriver à polariser le débat en se mettant en scène tout en donnant un « spectacle » à l’électeur (Cela, les Romains l’avaient déjà bien compris). C’est ainsi que lors des dernières élections communales sur Tournai, l’affrontement entre la « Tournaisienne de souche », qui dira maîtriser l’esprit de cette ville et qui ira jusqu’à se comparer à Christine de Lalaing (tiens, tiens, nouvel exemple de posture guerrière), et le Ministre-président qui, à l’évidence de par sa fonction, prétendra être le seul à pouvoir redonner ses lettres de noblesse à Tournai, représente un exemple parfait et réussi de cette polarisation des débats. En effet, une fois que le message subliminal  fut ancré dans l’inconscient collectif des Tournaisiens, la partie était déjà gagnée pour ces protagonistes qui n’avaient plus qu’à se partager le pouvoir.

 

Pouvons-nous pour autant parler de manipulation des foules ?

 

Je n’irai pas jusque là. Néanmoins, ce serait faire ombrage à l’intelligence des protagonistes en question que de penser qu’ils n’ont pas, à un moment donné de la campagne, su que cette polarisation des débats leur serait bénéfique.

Fort heureusement, la société est bien plus nuancée que cela et ne peut se résumer en un simple clivage gauche-droite qui, pour majeure partie, ne vise qu’à catalyser le vote des électeurs. Ecolo ne répond pas à cette logique « guerrière » et individualiste. Il en a d’ailleurs fait la démonstration au moment de valider cette 6ème réforme de l’Etat. Répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs, voilà le socle de valeurs qui inscrit résolument les Ecologistes dans une tout autre dimension. Conscient que l’homme peut avoir comme faiblesse cette éternelle quête du pouvoir pour le pouvoir, les Ecologistes se soumettent à des règles strictes en matière de non cumul et de rétribution des mandats. Comment se fait-il qu’ils sont les seuls à s’imposer cette discipline ? Oeuvrer pour une société plus juste, plus respectueuse et plus équitable ne constituerait-il pas le premier objectif des autres structures politiques ? La dimension individuelle et carriériste prendrait-t-elle le pas sur les valeurs mêmes de l’engagement politique ? Est-il possible et louable de cumuler les mandats (avec parfois même des métiers) et oser  regarder les gens dans les yeux en prétendant que si l’on fait tout ça, c’est naturellement pour eux ? Chacun est libre d’y croire. Moi-même, j’y ai cru (ou plus exactement, j’ai voulu y croire) en m’investissant durant dix ans dans le parti libéral. Lutter contre les monopoles du pouvoir est, en toute logique, une partie de la doctrine libérale et, en tout état de cause, celle qui motivait mon engagement. J’y ai rencontré beaucoup de chose, sauf la défense de cette valeur qui, à mes yeux, doit représenter le préalable de tout engagement politique respectueux des principes démocratiques.

 

Mai 2014 et ses échéances fédérales, régionales et européennes, approchent à grands pas.  Le « spectacle » va pouvoir recommencer et l’électeur se repositionner. Quelle doit être l’attitude politique des Ecologistes ? A n’en point douter, les valeurs qui font d’Ecolo un parti unique, et probablement le plus altruiste de tous, doivent être préservées. C’est une évidence ! Cependant, la clé de lecture du champ politique traditionnel impose qu’Ecolo puisse jouer des coudes afin d’éviter ce sempiternel piège du bon vieux clivage gauche-droite. D’autant que sur Tournai, tant au MR qu’au PS, ce ne sont pas les ambitions « ministrables » qui manquent.

 

 En conclusion, trop de « pudeur » nous relèguerait à un rôle de faire valoir et trop de politique pour la politique nous conduirait à une posture qui  éloignerait Ecolo de ses valeurs initiales. Voilà le défi à et la difficile alchimie à trouver. Convaincre l’électeur qu’Ecolo est un parti de valeurs avant d’être un parti politique et, en même temps, assumer son engagement politique sous peine de laisser un boulevard aux partis qui font de la quête du pouvoir un objectif politique ultime !

 

 

 

Difficile ? Certes. Mais réalisable !

23:54 Écrit par jean-françois letulle | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |