29/07/2013

CPAS, délibérément le mal aimé?

Aujourd'hui, nos CPAS (et nos finances communales) subissent doublement les effets de la crise. Modèle par excellence d'une société démocratique qui ambitionne de ne laisser personne sur le bord de la route, le RIS (Revenu d'intégration sociale) doit offrir un minimum de dignité humaine. Il est évident que quand une société traverse une crise économique, il convient de s'accrocher tant que faire se peu et de limiter les dégâts collatéraux. Véritable baromètre de notre société, le RIS est, par excellence, un indicateur objectif du bien-être de notre société et de sa vitalité. J'estime qu'il est important d'insister sur cette notion d'indicateur objectif. En effet, une crise économique met encore plus nos politiques face à leurs responsabilités. D'une certaine manière, il s'agit d'un moment propice pour tester les recettes et la crédibilité de nos édiles. Le bas de laine pour masquer, esquiver, faire diversion est absent et le politique, se sachant plus regardé que jamais, doit assumer. Le discours facile ne suffit plus. Désormais, il s'agit d'être cohérent avec ses propos. Quel rapport avec les CPAS me direz-vous? Et bien, il est simple. Dans notre structure fédérale, la visibilité (cfr. médiatisation) va de pair avec le sommet de notre architecture institutionnelle. Dès lors, il est tentant de montrer au plus vite à la population que les orientations économiques choisies sont les bonnes. A l'évidence, un taux de chômage en croissance constante n'apportera pas le crédit nécessaire justifiant les orientations économiques qui ont été privilégiées. 

 

Dans notre système social à double filets, durcir les politiques traitant du chômage (dégressivité des allocations plus grande, accroissement des contrôles et sanctions etc...) revient à faire ni plus ni moins que de l'illusionnisme. Oui, le taux de chômage diminuera. Le Gouvernement pourra prétendre que ses mesures sont les bonnes, portent leurs fruits et, au passage, réalisera des économies sur ce poste. Mais tout cela se fera au détriment des CPAS et des communes qui eux, il est vrai, seront nettement moins exposés à la pression médiatique. 

 

Or, si pour une partie non négligeable la problématique du chômage est conjoncturelle (quand il y aura reprise économique, il y aura création d'emplois et diminution significative du nombre de chômeurs) il n'en va pas de même pour les CPAS qui eux, pour majeure partie, doivent faire face à une problématique plus structurelle (exclusion sociale, grande précarité, population plus vulnérable dont, on ne peut l'ignorer, les jeunes ne sont pas en reste...). Il est évident que l'accompagnement social n'est pas le même parce que, pour partie, le public n'est pas le même. Parler d'intégration sociale (comme c'est le cas dans un CPAS) nécessite un véritable travail social de fond ce qui n'est pas exactement la même approche que celle véhiculée dans un bureau de chômage qui, à mon sens, se rapproche plus à du "coaching"(encore que, on peut largement débattre  sur ce terme). La preuve en est qu'on ne retrouve plus des assistants sociaux mais bien des agents de l'Onem. Rien que ce paramètre là prouve que l'approche est radicalement différente. Outre le fait de plomber les finances communales, on n’insiste pas suffisamment sur un autre effet destructeur: le durcissement des politiques fédérales et régionales, en ce qui concerne les chômeurs, augmente de façon exponentielle le nombre de RIS et met en danger toute la logique de la politique des CPAS telle que définie dans la loi de 2002 sur l'intégration sociale. En effet, ce mélange de "public" et cette augmentation significative des RIS ont comme conséquence que les assistants sociaux ne sont plus en mesure de poursuivre une véritable intégration sociale. La fonction est de plus en plus administrative et les plus vulnérables d'entre nous ont vocation... à le rester! A mon sens, on n’insiste pas assez sur cette conséquence... 

 

Travailler à la diminution du nombre de RIS (+/- 69.000 en Wallonie sur 150.000 que compte le pays) doit rester une priorité même s'il y a bien longtemps que cet objectif n'a plus été atteint. A cette fin, les articles 60 et 61 sont des outils qui ont le mérite d'exister même si je pense qu'on ne va pas suffisamment loin à ce niveau. Les articles 60 et 61 visent à ce que le bénéficiaire d'un RIS retrouve un emploi (trop peu le cas), soit récupère le droit aux allocations de chômage. A l'heure où le clivage gauche - droite, concernant les intérêts notionnels (avantages financiers massifs devant permettre à des entreprises de s'installer en Belgique) est marqué, le MR pensant que c'est un outil dont on ne peut se passer et le PS se portant plus naturellement sur une taxation plus importante des entreprises, n'est-il pas possible de conditionner le bénéfice de ces intérêts notionnels à une certaine forme de solidarité? En effet, n'y aurait-il pas là une forme de justice morale entre des multinationales brassant des milliards et qui viennent en gagner encore plus sur notre territoire et les plus vulnérables d'entre nous? Le deal ne pourrait-il pas être: vous continuez à bénéficier d'avantages fiscaux mais, en contrepartie, vous devez vous engager à donner une formation et un emploi (tout cela avec un encadrement social de premier ordre, comme c'est déjà le cas pour les articles 60 et 61) à un certain nombre de bénéficiaires de RIS qui auront, préalablement (ex: période de stage?),  fait preuve d'une volonté ... d'intégration par l'emploi. 

 

 

Il me semble que cette solution aurait le mérite de concilier, dans une forme de compromis, les attentes de la gauche et de la droite et de rendre une certaine forme de justice sociale...  A méditer et, pourquoi pas, à relayer...


Jean-François Letulle

17:21 Écrit par jean-françois letulle | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/06/2013

Un clivage qui arrange?

coluche-gauche-droite-france.jpg

Le lundi 03/06, au soir, France 5 diffusait, dans son émission « Cdans l’air », un débat dont le sujet était : Où va la droite ?

 

Au début de ce débat, un des intervenants déclare que « la culture de la droite c’est d’avoir un chef, comme du temps des boucliers. C’est lui qui offre des conquêtes… ». Bien entendu, derrière cette affirmation, on retrouve toutes les turpitudes de l’UMP avec, en toile de fond, le retour ou pas de Nicolas Sarkozy.

 

Est-ce que cette affirmation concerne la seule droite ? A mon sens non, sur notre scène politique belge, le PS répond également à cette culture du pouvoir. Est-ce pour autant nuisible à une bonne et saine gouvernance ?

 

Cette réflexion nous ramène aux racines de la pensée philosophique.  Cette culture du pouvoir, telle que développée par le courant sophiste, pouvait se résumer de la façon suivante : « Savoir si l’exercice du pouvoir est une bonne ou une mauvaise chose, s’il est juste ou pas, est sans intérêt. Ce qui est digne d’intérêt, c’est bien l’omniprésence de la lutte que les hommes se livrent pour obtenir et/ou garder le pouvoir »

 

Si l’on considère ce postulat comme étant fondé, alors il est un fait que le PS et le MR sont les meilleurs ennemis et répondent parfaitement à cette logique guerrière. Or, ce ne sont pas les exemples qui manquent : Les  manifestations du 1 mai sont particulièrement révélatrices de cette lutte. Des caricatures telles que « voter pour le MR conduira à un bain de sang social » ou des slogans du type « Rétablir Tournai » n’ont qu’une seule ambition : la quête du pouvoir !

 

Un des outils pour conquérir et garder le pouvoir est d’arriver à polariser le débat en se mettant en scène tout en donnant un « spectacle » à l’électeur (Cela, les Romains l’avaient déjà bien compris). C’est ainsi que lors des dernières élections communales sur Tournai, l’affrontement entre la « Tournaisienne de souche », qui dira maîtriser l’esprit de cette ville et qui ira jusqu’à se comparer à Christine de Lalaing (tiens, tiens, nouvel exemple de posture guerrière), et le Ministre-président qui, à l’évidence de par sa fonction, prétendra être le seul à pouvoir redonner ses lettres de noblesse à Tournai, représente un exemple parfait et réussi de cette polarisation des débats. En effet, une fois que le message subliminal  fut ancré dans l’inconscient collectif des Tournaisiens, la partie était déjà gagnée pour ces protagonistes qui n’avaient plus qu’à se partager le pouvoir.

 

Pouvons-nous pour autant parler de manipulation des foules ?

 

Je n’irai pas jusque là. Néanmoins, ce serait faire ombrage à l’intelligence des protagonistes en question que de penser qu’ils n’ont pas, à un moment donné de la campagne, su que cette polarisation des débats leur serait bénéfique.

Fort heureusement, la société est bien plus nuancée que cela et ne peut se résumer en un simple clivage gauche-droite qui, pour majeure partie, ne vise qu’à catalyser le vote des électeurs. Ecolo ne répond pas à cette logique « guerrière » et individualiste. Il en a d’ailleurs fait la démonstration au moment de valider cette 6ème réforme de l’Etat. Répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs, voilà le socle de valeurs qui inscrit résolument les Ecologistes dans une tout autre dimension. Conscient que l’homme peut avoir comme faiblesse cette éternelle quête du pouvoir pour le pouvoir, les Ecologistes se soumettent à des règles strictes en matière de non cumul et de rétribution des mandats. Comment se fait-il qu’ils sont les seuls à s’imposer cette discipline ? Oeuvrer pour une société plus juste, plus respectueuse et plus équitable ne constituerait-il pas le premier objectif des autres structures politiques ? La dimension individuelle et carriériste prendrait-t-elle le pas sur les valeurs mêmes de l’engagement politique ? Est-il possible et louable de cumuler les mandats (avec parfois même des métiers) et oser  regarder les gens dans les yeux en prétendant que si l’on fait tout ça, c’est naturellement pour eux ? Chacun est libre d’y croire. Moi-même, j’y ai cru (ou plus exactement, j’ai voulu y croire) en m’investissant durant dix ans dans le parti libéral. Lutter contre les monopoles du pouvoir est, en toute logique, une partie de la doctrine libérale et, en tout état de cause, celle qui motivait mon engagement. J’y ai rencontré beaucoup de chose, sauf la défense de cette valeur qui, à mes yeux, doit représenter le préalable de tout engagement politique respectueux des principes démocratiques.

 

Mai 2014 et ses échéances fédérales, régionales et européennes, approchent à grands pas.  Le « spectacle » va pouvoir recommencer et l’électeur se repositionner. Quelle doit être l’attitude politique des Ecologistes ? A n’en point douter, les valeurs qui font d’Ecolo un parti unique, et probablement le plus altruiste de tous, doivent être préservées. C’est une évidence ! Cependant, la clé de lecture du champ politique traditionnel impose qu’Ecolo puisse jouer des coudes afin d’éviter ce sempiternel piège du bon vieux clivage gauche-droite. D’autant que sur Tournai, tant au MR qu’au PS, ce ne sont pas les ambitions « ministrables » qui manquent.

 

 En conclusion, trop de « pudeur » nous relèguerait à un rôle de faire valoir et trop de politique pour la politique nous conduirait à une posture qui  éloignerait Ecolo de ses valeurs initiales. Voilà le défi à et la difficile alchimie à trouver. Convaincre l’électeur qu’Ecolo est un parti de valeurs avant d’être un parti politique et, en même temps, assumer son engagement politique sous peine de laisser un boulevard aux partis qui font de la quête du pouvoir un objectif politique ultime !

 

 

 

Difficile ? Certes. Mais réalisable !

23:54 Écrit par jean-françois letulle | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/03/2013

Mise à grand gabarit de l'escaut

 

A n'en point douter, ce dossier sera LE dossier de cette législature. J'ai toujours prétendu que celui-ci représentait une des raisons de l'alliance PS-MR au niveau communal (cfr: nécessité d'avoir une assise la plus large possible pour porter un dossier qui pourrait, très rapidement, irriter les Tournaisiens). Cela étant, ce n'est pas ça le plus important.

 

Par contre, ce qui commence à me déranger de plus en plus, c'est l'impression que j'ai que l'on essaie de forcer la main des Tournaisiens. Or, si notre système démocratique fonctionne sur le principe de délégation du pouvoir des citoyens à ses représentants, il n'en demeure pas moins que nos politiques doivent agir dans l'intérêt des citoyens. Dès lors, si Mr Demotte (et le collège) déçide que ce projet doit se faire, il doit aigir en tant que Bourgmestre de Tournai. Et quel est justement son rôle en tant que Bourgmestre de Tournai? Qu'est-ce que les Tournaisiens ont a gagner de cette aventure, si ce n'est un cadre de vie irrévocablement dénaturé.

 

Pourtant, ma "sagesse" me laisse à penser qu'il ne serait pas impossible que je puisse, un jour, me montrer favorable à ce projet. Mais de grâce, de la TRANSPARENCE SVP! Les Tournaisiens ont le droit de se faire une idée sur le sujet. L'éthique en politique passe également par là. Informer les citoyens est un devoir imputable à nos autorités.

 

Personnellement, j'irai même plus loin en disant que le sujet mériterait que l'on applique un élément de la démocratie participative: LA CONSULTATION POPULAIRE. Que les citoyens de notre cité, une fois informés avec méthodologie, puissent s'exprimer. Ensuite, il appartiendra à nos politiques de prendre leurs responsabilités et d'assumer.

 

Mais, finalement, qui prendra la décision: Le Bourgmestre empêché ou le Ministre président? Poser la question c'est déjà y répondre...

 

index.php?option=com_content&task=view&id=24517&a...

 

 

22:27 Écrit par jean-françois letulle | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |